Alors que vote définitif de la loi dite d’urgence agricole doit avoir lieu le 20 juillet à l’Assemblée nationale et le 21 juillet au Sénat, des mobilisations ont lieu partout en France pour refuser la version 2 de la loi Duplomb qui réautoriserait deux des pires pesticides et acterait l’accaparement de l’eau par une petite minorité d’agriculteurs.
Lors de son passage à l’Assemblée nationale début juillet 2025, une pétition historique rassemblant plus de deux millions de signatures n’avait pas empêché une majorité de député·es d’adopter une loi marquant un terrible recul environnemental : réautorisation (demandée par la FNSEA et la Coordination rurale) de pesticides, dont l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes interdit depuis 2018, accaparement de l’eau par l’agriculture industrielle avec un présomption « d’intérêt général majeur » pour les mégabassines, porte ouverte à l’agrandissement et la création d’élevages intensif…
Le vote de la loi Duplomb 1
en Bourgogne

En bleu foncé, les circonscriptions dont les députés ont voté pour la loi Duplomb 1
L’intégralité des député·es du Morvan et des circonscriptions limitrophes avaient approuvé cette loi. En Bourgogne :
- les deux députés de la Nièvre, Perrine Goulet (1ère circonscription, MoDem) et Julien Guibert (2e circonscription, RN) ;
- les deux députés de Côte d’Or proches du Morvan Hubert Brigand (4e circonscription, Droit Républicaine) et René Lioret, 5e circonscription, RN) ;
- les trois députés RN de l’Yonne Daniel Grenon (1ère circonscription), Sophie-Laurence Roy (2e circonscription) et Julien Odoul (3e circonscription) ;
- les 5 députés de Saône-et-Loire Benjamin Dirx (1ère, Ensemble pour la République), Josiane Corneloup (2e, Droite Républicaine), Aurélien Dutremble (3e, RN), Éric Michoux (4e, Union des droites pour la République) et Sébastien Martin (5e, droite républicaine).
Censure partielle et retour au Sénat
Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel avait cependant partiellement censuré le texte en annulant la réintroduction de trois insecticides de la famille des néonicotinoïdes, dont l’acétamipride. Le Conseil s’appuyait pour la première fois sur l’article 1 de la Charte de l’environnement, qui indique que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».
Le sénateur Duplomb ne comptait pas en rester là. Après l’adoption fin mai, par l’Assemblée nationale de sa version de la loi dite « d’urgence agricole », il a obtenu le vote par le Sénat de la réintroduction de deux néonicotinoïdes, l’acétamipride et le flupyradifurone.
Une nouvelle pétition contre cette « loi Duplomb 2 » réunissant plus de 400 000 signatures a été classée mercredi 1er juillet par les députés de la commission des affaires économiques et son président Stéphane Travert (ex-ministre de l’Agriculture), alors même que le débat parlementaire est en cours.
La dramatique disparition du vivant
- 70 % des haies, 50 % des zones humides, 25 % des prairies permanentes ont disparu. Ces milieux, qui captent le carbone, atténuent les crues et les sécheresses, sont indispensables pour faire face au changement climatique.
- 70 % à 80 % des insectes ont disparu, les populations d’oiseaux des milieux agricoles ont chuté de 32.5 %.
- près de 2000 points de captage ont été fermés entre 1980 et 2025 pour cause de pollutions aux pesticides ou aux nitrates.
La Commission mixte paritaire, 14 députés et sénateurs chargés de trouver un compromis entre les deux versions du texte, a approuvé par huit voix pour (centristes, droite et de l’extrême-droite) un texte qui permet aussi l’accaparement de l’eau par l’agro-industrie, la diminution de la protection des captages, l’ouverture totale aux élevages industriels, les tirs sur les loups… Les quatre parlementaires de gauche ont voté contre. Les deux macronistes se sont abstenus.
La députée insoumise Aurélie Trouvé, membre de la CMP, a dénoncé « une loi criminelle ». « On avait voté, à l’Assemblée nationale, une victoire, une proposition de LFI sur des prix plancher. Ça a été dégagé. On avait voté le fait de protéger les agriculteurs face à la concurrence déloyale en interdisant des produits importés qui sont traités avec des substances interdites en France. Ça a été dégagé. Par contre, ce qui a été décidé par les 219 sénateurs et hier en CMP avec la complicité des macronistes et de l’extrême droite, c’est terrible et très grave, c’est une loi criminelle [qui] va permettre de ré-autoriser des pesticides toxiques, dangereux, qui s’attaquent directement au cerveau des enfants. »
Le texte définitif doit repasser devant l’Assemblée nationale lundi 20 juillet et devant le Sénat le 21. Une manifestation est prévue devant l’Assemblée nationale le 20 mais dès ce week-end, des rassemblements sont organisés partout en France, à l’appel de tout ce que le pays compte d’organisations de défense de l’environnement, de protection de l’eau, de l’agriculture bio et paysanne…
Elles sont l’occasion d’informer la population sur les dangers réels des néonicotinoïdes, dissimulés par les promoteurs de la loi Duplomb.
L’association Générations futures a notamment réalisé un document sur le flupyradifurone et l’acétamipride qui démontre leur extrême toxicité (pour la faune, la flore et pour la santé humaine), leur persistance dans l’environnement et le caractère mensonger des « précautions » : l’avis de l’Anses1Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, présenté comme un garde-fou, ne sera en réalité que consultatif…


Des sympathisants d’Adret Morvan qui « trinquent » contre la loi et la présidente de l’association, Marie-Agnès Brun, brandit une bouteille de « château Duplomb ».
Le mot d’ordre des manifestations : boire un dernier verre d’eau avant le vote de la loi. C’est ce qu’on fait par exemple samedi 18 juillet des adhérents d’Adret Morvan, réunis au bord de l’Anguison. Au même moment, à Nevers, à l’appel de la Confédération paysanne rejointe par une dizaine d’organisations écologistes2le CNAD, Adret Morvan, Les Soulèvements de la Terre Nievre, ATTAC 58, Terre de liens 58 et Bourgogne Franche Comté, l’association Respire, l’épicerie associative et bio L’Amarante, le Festival et les Ateliers de la pluie, NivernHaies et Forêts, le Syndicat d apiculture du Nivernais Morvan, la part du Colibri, l’AMAP Paniers Solidaires, Terrains Communs, la LPO, Solidarité Paysan, Biocoop Nevers, l’épicerie Citoyenne Epices Tout, L’AMAP de Luzy et Cie, la p’tite épicerie d’Urzy, La Convergence des ZUT Montigny aux Amognes, plus de 200 personnes se sont réunies devant les grilles de la préfecture pour dire leur opposition à cette loi écocidaire.
Les partis politiques de gauche dans la Nièvre ont pris la parole pour dire leur opposition à la loi. Les interventions du PCF, des Écologistes ou de LFI (Marie-Anne Guillemain a rappelé l’annonce par Jean-Luc Mélenchon de la création d’écorégions en cohérence avec le réseau hydrologique, au programme des insoumis) n’ont pas surpris. Celle du PS, qui lorsqu’il était au pouvoir, cogérait les questions agricoles avec la FNSEA a laissé plus d’un auditeur dubitatif. L’un des derniers actes de la présidence Hollande, début 2017, a en effet consisté à déclasser un cours d’eau sur cinq dans l’Hexagone. Pas de classement, pas de protection…
Une nouvelle pétition a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Il est encore temps de la signer et de rejoindre les opposants à la loi Duplomb 2. Un « kit de mobilisation » est accessible en ligne.
Notes :
- 1Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
- 2le CNAD, Adret Morvan, Les Soulèvements de la Terre Nievre, ATTAC 58, Terre de liens 58 et Bourgogne Franche Comté, l’association Respire, l’épicerie associative et bio L’Amarante, le Festival et les Ateliers de la pluie, NivernHaies et Forêts, le Syndicat d apiculture du Nivernais Morvan, la part du Colibri, l’AMAP Paniers Solidaires, Terrains Communs, la LPO, Solidarité Paysan, Biocoop Nevers, l’épicerie Citoyenne Epices Tout, L’AMAP de Luzy et Cie, la p’tite épicerie d’Urzy, La Convergence des ZUT Montigny aux Amognes








