Le principal argument des promoteurs de l’agrivoltaïsme s’effondre : alors qu’ils présentent depuis les centrales photovoltaïques dans les champs et les forêts comme inoffensifs, une étude publiée dans le Journal of Environmental Management démontre qu’au contraire, ils étouffent et appauvrissent la biodiversité des sols.
Les jolis moutons tout blancs au milieu des panneaux solaires sur les photos de communication des industriels ont du souci à se faire. Les agriculteurs qui les élèvent aussi. On leur a présenté l’installation de centrales dans leurs prés comme la poule aux œufs d’or. La multiplication des pains, plutôt. Sur une même surface, il allait pouvoir maintenir son revenu issu de l’élevage, et en plus gagner des sous en vendant de l’énergie. Pourquoi refuser quand en plus une loi est votée pour faciliter la réalisation du projet ? Même le parti qui se proclame écologiste n’est pas contre. Ses député·es se sont abstenu·es lors du vote de la loi Aper, promulguée en mars 2023, avant que puissent être vraiment évalués les dégâts occasionnés par la conversion accélérée des prés, des champs, des forêts en usines énergétiques.
La plus élémentaire des prudences aurait pourtant dû conduire à interdire ces centrales, d’autant qu’il n’y avait aucune urgence à mobiliser des espaces au sol pour cette industrie : la France dispose de bien assez de toitures pour satisfaire les besoins. Ce ne sont pas seulement les écolos radicaux insoumis et des dizaines de collectifs réunis dans la Coordination photorévoltée qui le disent. C’est aussi le CNRS ou le Conseil national de protection de la nature (CNPN).
« Les objectifs des scénarios les plus ambitieux pour le développement du solaire PV peuvent être atteints avec les technologies actuelles, à un coût mesuré, en utilisant les surfaces déjà disponibles (toitures, parkings, friches,…) et sans artificialisation supplémentaire. »
CNRS, 2023.
« plusieurs études suggèrent que l’objectif de 100 GW peut être atteint en mobilisant uniquement des espaces artificiels (toitures, hangars agricoles existants, parkings, routes, etc. »
Conseil national de protection de la nature, avis du 19 juin 2024
Non seulement le choix a été fait de mépriser ces avertissements, mais cela ne suffisait encore pas. Il fallait saboter les alternatives. Les collectivités, capables d’investir sur le long terme, pouvaient donner une réelle impulsion au développement du solaire en équipant les toitures des bâtiments publics : mairies, infrastructures scolaires, sportives, routières, hôpitaux… Un « Fonds Vert » existait même pour le financement. Il a été réduit comme peau de chagrin : divisé par près de quatre en deux ans et encore coupé dans son enveloppe à hauteur de 163 millions d’euros fin mai par le gouvernement, en pleine vague de chaleur.
Pour ce qui est du privé, les entrées de ville sont recouvertes de zones commerciales (il y en a 1500 en France pour une surface de 500 millions de mètres carrés !) et industrielles avec d’immenses parkings. Mais non. Nous vous alertions en août 2024 (v. notre article) sur un report de l’échéance de l’obligation faite aux parcs de stationnement extérieurs d’une superficie égale ou supérieure à 10 000 mètres carrés. Le décret a été publié en décembre 2024 et les supermarchés ont gagné 18 mois. Autant de temps pour installer des panneaux dans les champs, au seul profit des industriels : les coûts d’installation y sont moindres.
Sous les panneaux, 62 % de respiration du sol en moins

Les méthodes déjà éprouvées de certains industriels pour « démontrer » l’innocuité de leurs produits sur le vivant complètent le dispositif : « études » réalisées par les entreprises qui vendent le produit ou leur sont liées, financièrement liées, dissimulation à la population de projets jusqu’à la limite légale, alors qu’ils sont négociés depuis des mois, campagne institutionnelles1Ainsi par exemple la communauté de communes du Sud Nivernais mentionne sur sa page facebook une réunion « dédiée aux enjeux environnementaux » tenue le 2 juin, « avec la visite du chantier agrivoltaïque de Champvert, en présence du directeur de WPD, gestionnaire du projet ».…
Voilà pourquoi, quand une étude laisse peu de place au doute sur l’indépendance des chercheuses et chercheurs qui l’ont réalisée, il faut en parler ! Si ENGIE Green figure dans la liste des références de celle publiée2 Pour consulter l’étude complète, suivez ce lien : Effets des panneaux solaires et de leur gestion sur la mésofaune du sol, la respiration et les caractéristiques des plantes dans les parcs solaires de deux régions du sud de la France. le 3 mars 2026 dans le Journal of Environmental Management, elle a essentiellement été menée par des universitaires et des chercheurs d’organismes publics. Iels viennent des universités d’Aix Marseille, d’Avignon, de Montpellier, de Tours, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), du CNRS, de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE)…
Leur conclusion : « les panneaux solaires ont eu un impact négatif sur les paramètres physico-chimiques et biologiques du sol ainsi que sur la végétation ». « Nous avons constaté, indiquent-ils, que la respiration du sol et l’abondance de la mésofaune étaient respectivement inférieures de 62 % et 38 % sous les panneaux par rapport aux zones situées hors de ces derniers. »
Les pratiques agricoles sous les panneaux et la situation géographique de la centrale changent-elles quelque chose ? « L’abondance de la mésofaune du sol était particulièrement réduite sous les panneaux des parcs solaires fauchés », rapporte l’étude, mais l’analyse « montre que les effets des panneaux sur la respiration du sol étaient indépendants de ces deux facteurs ».
Maintenir les questions écologiques à la « Une » des médias
Les riverains n’en veulent pas. Les associations écologistes n’en veulent pas. Des chercheurs et des institutions indépendantes montrent, rapport après rapport, qu’on peut faire ailleurs et autrement, à une seule condition : refuser que la recherche du plus grand profit financier pour un tout petit nombre de personnes soit le critère.
Pour EnR, qui a réalisé le site Stop Agrivoltaïsme, « transparence, équilibre territorial et préservation des terres nourricières doivent être au cœur du débat ». Les canicules qui s’empilent ont forcé la porte : les questions écologiques sont un peu moins ensevelies sous le sport et les faits divers dans les médias. À mesure que l’échéance de l’élection présidentielle approchera, tout sera fait par les lobbies de l’énergie et leurs porte-paroles dans le monde politique pour remettre le couvercle sécuritaire sur la marmite écologique. À nous de ne pas les laisser faire.
Un état des lieux du photovoltaïque au sol dans la Nièvre
- 91 parcs photovoltaïques recensés
- 2 602 hectares concernés
- 1 202 MWc de puissance estimée (donnée approximative, cette information n’étant pas toujours disponible)
Une répartition par communauté de communes est prévue (quotas de 68 à 349 MWc), mais les recalculs du collectif montrent que certaines communautés dépassent déjà largement leur quota, notamment sur terres agricoles.

Cet état des lieux (janvier 2026) a été réalisé par le collectif EnR à partir de données publiques disponibles. (enquêtes publiques, article de journaux, délibérations de conseils municipaux). Il est forcément minoré, notamment parce que beaucoup trop de maires attendent le dernier moment pour informer la population de projets en négociation. N’hésitez pas à interpeller le vôtre !
Notes :
- 1Ainsi par exemple la communauté de communes du Sud Nivernais mentionne sur sa page facebook une réunion « dédiée aux enjeux environnementaux » tenue le 2 juin, « avec la visite du chantier agrivoltaïque de Champvert, en présence du directeur de WPD, gestionnaire du projet ».
- 2Pour consulter l’étude complète, suivez ce lien : Effets des panneaux solaires et de leur gestion sur la mésofaune du sol, la respiration et les caractéristiques des plantes dans les parcs solaires de deux régions du sud de la France.





