Des éléments d’inquiétude mais aussi d’espoir ont été donnés par la Caisse nationale d’assurance maladie concernant la question, particulièrement préoccupante dans le contexte géopolitique actuel, de l’indépendance numérique. En effet, si la numérisation peut être considérée comme une avancée technologique utile pour faciliter à la fois la prise en charge financière des soins et celle des dossiers médicaux, il existe aussi des craintes légitimes sur la protection de ces données personnelles.
Les facteurs de préoccupation sont nombreux. Il existe une très forte dépendance au niveau des éditeurs de logiciels à hauteur de 80 % pour les applications cœur de métier, avec 7 fournisseurs sur 8 américains. Par ailleurs, les outils bureautiques sont quasi-exclusivement américain. Cette situation de monopole permet à ces sociétés de fixer des tarifs à leur bon vouloir et nous ne pouvons que nous alarmer face à cette hégémonie au regard d’une augmentation proposée des coûts entre 2024 et 2025, avant négociation, de 40 %. C’est ce qui explique les profits monstrueux engrangés, notamment par Microsoft : 194 milliards de dollars de bénéfice brut en 2025. Au-delà des éditeurs se pose le problème du matériel où il n’existe aucune alternative européenne au duopole USA/Japon
En ce qui concerne les points positifs, il faut souligner que les data centers qui hébergent les données de l’Assurance maladie sont tous situés en France et que le cloud est interne, donc entièrement sous contrôle. De plus, les plateformes d’intelligence artificielle sont sous moteurs de l’entreprise française Mistral. Cependant au regard des menaces, principalement américaines, de coupure brutale d’accès aux logiciels et de blocage des machines, il faut faire plus. C’est la raison pour laquelle la migration vers des solutions souveraines est en train de se mettre en place, en lien avec les autres services de l’État particulièrement sensibles que sont les ministères de l’Économie et de la Défense.

Des puces partout !
La présence du numérique dans l’offre de soins a été cartographiée dans un document que vous pouvez consulter ici, publié en 2024 par le ministère de la Santé.
Par exemple, il est prévu de sortir de la suite Office de Microsoft dans les 4 ans, ainsi que de basculer vers un système de visioconférence de l’État en début 2027. En ce qui concerne l’antivirus, la bascule a déjà été opérée vers un opérateur français ; par contre pour le matériel, nous ne disposons pas de solution du fait de notre atrophie industrielle.
Afin de pouvoir envisager une résilience en cas de crise, l’orientation actuelle est de limiter l’obsolescence du matériel afin d’être moins impacté en cas de rupture durable des approvisionnements. Il s’agit en fait d’investir pour que l’essentiel du matériel ait moins de 5 ans, afin de laisser le temps pour trouver des alternatives.
Nous avons donc là un service public dynamique, réactif, conscient des risques liés aux incertitudes géopolitiques, qui a pris les choses en main et met en place une stratégie adaptée aux menaces. Espérons que les moyens financiers seront au rendez-vous pour mener à bien ce chantier sans retard car il y a urgence face à une menace réelle qui, comme cela a été souligné, vient plutôt de l’ouest de Brest que de l’est de Strasbourg !







