Le constat est implacable. La France a perdu 80 % de ses bistrots depuis les années 60 et plus les bars ferment, plus le RN monte. On s’en doutait un peu. Depuis vingt ans, un fossé se creuse entre les gens qui vont encore au café et ceux qui font face tous les soirs ou presque à leur écran de télé. Maintenant c’est prouvé, grâce à cette étude d’Hugo Subtil, publiée par le CEPREMAP.
En s’appuyant sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans, la note d’Hugo Subtil publiée par le CEPREMAP le 30 janvier 20251Le CEPREMAP est, depuis le 1er janvier 2005, le CEntre Pour la Recherche EconoMique et ses APplications. Sa mission, prévue dans ses statuts, est d’assurer une interface entre le monde académique et les décideurs publics et privés. Ses priorités sont définies en collaboration avec ses partenaires institutionnels : la Banque de France, le Cnren s’appuyant sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans.s, France Stratégie, la Direction générale du Trésor, l’École normale supérieure, l’Insee, l’Agence Française de Développement, le Conseil d’analyse économique, le ministère chargé du Travail (Dares), le ministère chargé de l’Environnement (Ademe), le ministère chargé de la Santé (Drees) et la direction de la Recherche et de l’innovation du ministère de la Recherche. établit clairement le lien entre la disparition des bars-tabacs et la montée de l’extrême-droite. La fermeture des autres commerces traduit un déclin territorial, précise l’étude, mais « un bar-tabac qui ferme est une cause de la progression du vote RN ».
Les bars ne font pas que « débiter de boisson ». Ce ne sont pas des commerces comme les autres. Les cafés, bistrots, rades, tavernes, bouis-bouis, brasseries, troquets, estaminets et autres gargotes sont d’abord des lieux où on discute, où on rencontre, où on échange, où on apprend. D’autres études ont montré que le vote en faveur de l’extrême-droite est inversement proportionnel au niveau d’éducation2Pierre Malardier, illustre député de la Nièvre, communard, résistant au coup d’État de Napoléon III, ne disait pas autre chose, dès 1848 quand, comme instituteur à Dun-les-Places, dans le nord du Morvan, il enjoignait ses collèges de répandre l’éducation aussi hors de l’école.. Ce n’est pas un vote populaire, c’est un vote ignorant.
On a peur d’abord de ce qu’on ne connaît pas et forcément plus enclin à écouter les discours de ceux qui prétendent nous protéger de la menace. Il devient beaucoup plus compliqué de croire ce que raconte l’extrême-droite sur les migrants, les syndicalistes ou les écologistes quand on est régulièrement accoudé au zinc à côté de l’un d’eux.
L’idéologie du RN est simpliste. Elle ne supporte pas la contradiction. D’où le déferlement de violence de la part de ses représentants sur les réseaux sociaux : ils postent des commentaires injurieux, s’en prennent au physique, à l’origine, à la couleur de peau, à la religion de celles et ceux qui ne sont pas d’accord. Dans un café, il est rare qu’on en arrive là. Ces gens sont lâches. Et puis Simone ou Paulette ou Jean-Louis veille derrière le bar. Au café, on peut contredire et être contredit avec un minimum de savoir-vivre et conserver son esprit critique. Essayez de contredire votre télé.
Les effets sont trois fois plus forts en zone rurale

Le graphique ci-contre montre l’effet en moyenne des fermetures de bars-tabacs sur le vote RN aux élections législatives. Les effets sont trois fois plus forts en zone rurale (+1,3 point pour les législatives, +3,3 pour les présidentielles) qu’en zone urbaine (+0,3 et +1,1 respectivement).
Cela peut paraître peu. C’est énorme quand on se souvient qu’aux élections législatives de 2024, beaucoup de député·es l’ont emporté avec très peu de voix d’avance.
Donc, plus les gens sont isolés, plus ils votent extrême-droite. C’est mécanique et c’est prouvé. Ruminer dans son coin rend aigri. La fermeture d’un café est bien plus grave que celle d’autres commerces. Quand une boulangerie, une épicerie ou un bureau de poste ferment, c’est moins pratique ; un café en moins, c’est un désert relationnel (on papote cinq minutes avec la boulangère, mais on peut passer deux heures au café) dont les conséquences ne sont pas ou peu mesurées. Et l’étude montre que les résultats électoraux correspondent à cette distinction.
Les discours sur le déclin des zones rurales qui ne présentent que l’aspect économique, avec des chiffres de commerces fermés et des images de magasins fermés sans tenir compte de leur nature ne servent à rien, puisque l’économie n’est que l’une des concrétisations des liens sociaux. La vie des humains ne se résume pas à des actes d’achat.
Voilà donc une excellente manière de discerner qui veut vraiment se battre contre la montée du fascisme dans notre pays. Il suffit de parler de cette note aux candidat·es aux municipales dans les communes où il n’y a plus de café. Si en rouvrir un ne devient pas l’une de leurs priorités, vous saurez à quoi vous en tenir.
Vous ne parvenez pas à leur faire lire toute la note ? Brandissez au moins ce second graphique. Il représente l’effet des ouvertures de bars sur le vote RN aux élections législatives.

Nous voulons battre l’extrême-droite ? Ouvrons des bistrots dans toutes les communes qui n’en ont pas ! Ou plutôt des maisons du Peuple : des cafés avec des services pour vous débrouiller de l’horreur administrativà-numérique, vous renseigner sur ce qui se passe dans le coin, vous informer sur ce que vos élu·es font de leur mandat, vous orienter vers une aide si vous en avez besoin, et s’il n’y en a pas dans la commune, un hébergement d’urgence, du matériel de premier soin, un ordi en libre service, la presse… Toutes choses qui nous aident à vivre ensemble.
Notes :
- 1Le CEPREMAP est, depuis le 1er janvier 2005, le CEntre Pour la Recherche EconoMique et ses APplications. Sa mission, prévue dans ses statuts, est d’assurer une interface entre le monde académique et les décideurs publics et privés. Ses priorités sont définies en collaboration avec ses partenaires institutionnels : la Banque de France, le Cnren s’appuyant sur l’étude de 18 000 fermetures de bars-tabacs entre 2002 et 2022, combinée aux résultats des élections législatives et présidentielles sur vingt-cinq ans.s, France Stratégie, la Direction générale du Trésor, l’École normale supérieure, l’Insee, l’Agence Française de Développement, le Conseil d’analyse économique, le ministère chargé du Travail (Dares), le ministère chargé de l’Environnement (Ademe), le ministère chargé de la Santé (Drees) et la direction de la Recherche et de l’innovation du ministère de la Recherche.
- 2Pierre Malardier, illustre député de la Nièvre, communard, résistant au coup d’État de Napoléon III, ne disait pas autre chose, dès 1848 quand, comme instituteur à Dun-les-Places, dans le nord du Morvan, il enjoignait ses collèges de répandre l’éducation aussi hors de l’école.








