Les bas salaires de l’aide à domicile

Alors que plus d’un Français sur quatre a passé 60 ans et que le nombre de personnes en perte d’autonomie doit doubler d’ici 2050, le Plan grand âge promis par Emmanuel Macron depuis 2018 vient une nouvelle fois d’être reporté et rien n’est prévu pour éviter la pénurie d’aides à domicile, métier pénible et sous-payé : dans ce secteur, 40 % des niveaux de rémunération se situent en dessous du salaire minimum et l’indemnité de carburant ne compense plus le coût des transports.

Notre pays vieillit et le maintien à domicile est un souhait de la très grande majorité des seniors. Le constat est que le gouvernement refuse de prendre en compte cette réalité, car les promesses non tenues s’accumulent et ce qui était annoncé comme une priorité n’en est pas une. Or l’urgence est là. Selon l’Insee, les plus de 60 ans représentent plus d’un·e Français·e sur quatre et les plus de 75 ans devraient dépasser les 16  % de la population en 2050. Par ailleurs, le nombre de personnes en perte d’autonomie doit doubler d’ici cette date et passer de 2 à 4 millions.

Premier exemple : le Plan Grand Âge. Promis depuis 2018 par Emmanuel Macron, il vient d’être reporté une nouvelle fois sine die. Après le départ de la ministre déléguée à l’autonomie début février pour retrouver son poste de députée, sa présentation a été annulée. Donc, dans la macronie, le choix de carrière d’une personne prime sur une « priorité » politique.

Le secteur du grand âge nécessite la création d’un grand nombre d’emplois. Or seuls 4 500 emplois supplémentaires sont programmés pour 2026 alors que les besoins sont estimés à un minimum de 200 000 postes. À cela s’ajoute un problème d’attractivité globale de ces métiers. Mais, sans plan ambitieux sur la formation, les conditions de travail et les salaires, le secteur continuera à souffrir de pénuries de personnel qui dégradent la qualité des services rendus.

Le dernier mauvais coup est tombé le 19 mars avec la publication d’un arrêté qui acte, pour la troisième fois depuis 2025, le refus du gouvernement d’agréer l’accord de revalorisation salariale de la branche de l’aide à domicile. Il s’agissait d’augmenter de 63 euros brut mensuel la rémunération des salariées. Salariées avec un e car ce sont quasi exclusivement des femmes qui subissent encore plus qu’ailleurs une discrimination dans ce secteur où 40  % des niveaux de rémunération se situent en dessous du salaire minimum.

De ce fait, 17,5 % des salariées vivent en dessous du seuil de pauvreté. Or il s’agissait uniquement de prendre en compte les revalorisations du SMIC entre 2024 et 2026. La décision du gouvernement entérine ainsi une quatrième année blanche. Cette situation scandaleuse est passée sous silence faute de visibilité de ces travailleuses. Elles sont en effet peu organisées et peu syndiquées pour se faire entendre car elles se voient rarement entre collègues, puisqu’il s’agit d’un travail qui s’effectue en autonomie, en allant d’une personne à l’autre seule dans son véhicule personnel ou parfois en transport en commun dans les grandes agglomérations.

Cette question des transports prend une acuité particulière dans la période actuelle, car les indemnités kilométriques ne couvrent souvent pas la totalité des frais, situation qui va s’aggraver avec la hausse du prix des carburants.

Améliorer les rémunérations et les conditions de travail des salariées de l’aide à domicile est une urgence car bientôt il deviendra encore plus difficile de recruter dans ce secteur qui devrait constituer une priorité des politiques publiques.

Auteur/autrice

  • portrait Christophe Prudhomme

    Christophe Prudhomme est médecin urgentiste au Samu 93 de Bobigny depuis 1987, représentant CGT des médecins, membre du Parlement de l'Union populaire.