Une bonne nouvelle pour fêter le printemps : l’autorisation de mise sur le marché du Kyléo, un désherbant à base de glyphosate et de 2,4-D, a été annulée le 20 mars 2026 par la cour administrative d’appel de Versailles qui a donné raison à l’association Générations Futures contre l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), laquelle s’était dispensée d’évaluer les effets du pesticide sur la biodiversité, au prétexte de l’absence de méthode harmonisée au niveau européen.
La décision de la cour d’appel de Versailles du 20 janvier 2026 pourrait avoir des conséquences bien au-delà de l’interdiction du Kyléo : elle pose un principe qui « devrait à l’avenir permettre une meilleure évaluation de certains effets des pesticides aujourd’hui ignorés », selon François Veillerette, porte-parole de Générations Futures.
L’association explique dans son communiqué victorieux que pour rendre leur décision, les juges se sont appuyés sur le règlement européen sur le glyphosate, qui impose aux États membres de porter une attention particulière aux risques pour la diversité et l’abondance des vertébrés et arthropodes terrestres non ciblés, via les interactions trophiques.
Or, l’Anses, agence française qui évalue les pesticides, avait reconnu que puisqu’il n’existait pas de méthode d’évaluation harmonisée au niveau européen pour évaluer ce risque, elle avait décidé… de ne pas l’évaluer ! La Cour a tranché : cela ne dispense pas l’Agence de son obligation d’évaluer un effet.
« On ne peut pas considérer par défaut qu’un produit est sans effet inacceptable sur la biodiversité simplement parce qu’il n’existe pas de méthode harmonisée pour l’évaluer, traduit Générations Futures. En clair : la protection de l’environnement et de la biodiversité prime ! Cette décision est donc majeure ! »
L’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2,4-D), herbicide mis au point entre autres par Monsanto, est l’un des deux composants de l’agent orange déversé sur le Vietnam par l’armée états-unienne entre 1961 et 1971 où il a causé un écocide (le mot est d’ailleurs né à ce moment), des millions de victimes humaines, et auparavant, on le sait moins, sur la Malaisie britannique par la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande pour mater l’insurrection indépendantiste entre 1952 et 1954.
Utilisé comme désherbant sélectif notamment dans les cultures de maïs, il contamine l’eau, l’air, les sols, est un perturbateur endocrinien et classé possiblement cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer (émanation de l’OMS).
La victoire obtenue par Générations Futures est l’aboutissement d’un combat mené contre ce pesticide depuis six ans. En 2020, l’association avait saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise pour demander l’annulation de cette autorisation délivrée par l’Anses.
« Printemps silencieux : les pesticides tuent. »
En mars 2023, en référence au célèbre livre de la biologiste nord-américaine Rachel Carson, première lanceuse d’alerte en 1962 sur la dangerosité des pesticides de synthèse, une centaine de scientifiques venaient devant le jardin des plantes puis devant Muséum national d’Histoire naturelle dénoncer les conséquences catastrophique du recours massif aux pesticides alors que les preuves scientifiques sur leurs ravages s’accumulent et promouvoir un autre modèle agricole.
Le tribunal avait rejeté sa demande quelques mois après, en septembre 2023. Générations Futures a fait appel et ils ont eu raison : c’est mort pour Kyléo. On espère que les autres vont suivre.
Pour aller plus loin…








