Lionel Jospin, d'après capture sur le site de l'INA

C’était bien ♫♫, sous Jospin ♫♫…

« C’était bien, sous Jospin… », c’est le refrain d’une chanson de Reno Bistan. Cet excellent artiste lyonnais l’a notamment chantée en 2023 lors du festival des Petites Rêveries, à Brinon-sur-Beuvron (Nièvre). En vrai, ce n’était pas si bien, sous Jospin : 35 h, Pacs, etc. mais déni face au cataclysme écologique, pourtant annoncé depuis 30 ans. Écoutez cette chanson. D’abord, elle est marrante. Ensuite, elle permet de se souvenir qu’il n’y a pas si longtemps, on votait Le Pen en se cachant.

Sous Jospin, ce n’était pas forcément bien, mais l’extrême-droite, de l’avis général, c’était carrément mal. L’injonction morale était censée contenir le fascisme. Croyait-on.

Sous Jospin, la planète brûlait déjà, une tempête a dévasté la France, mais on pouvait encore se permettre de regarder ailleurs. Croyait-on.

Depuis au moins Edith Cresson, les premières concessions faites à l’extrême-droite et aux néolibéraux, la prise de distance avec la cause palestinienne1v. notamment l’Affaire Habache : https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Habache, la signature du Traité de Maastricht, le pli avait été pris par le PS de s’arranger avec la finance, d’ignorer la question écologique, de s’en remettre au sacro-saint Marché. La bourse, on en avait quand même « quelque chose à cirer » et tant pis si le capitalisme nuisait déjà gravement à la planète, habitants humains compris. On verrait plus tard. La technologie allait tout arranger, la preuve, le bug de l’an 2000 n’a pas eu lieu.

Lionel Jospin est entré à Matignon l’année de la sortie du film Titanic. Sous son gouvernement, l’Erika a coulé et la démission de la ministre de l’Environnement a levé le voile sur le peu de pouvoirs (sauf peut-être celui d’autoriser le site de Bure2Dominique Voynet a signé le décret du 3 août 1999 autorisant l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs à installer et exploiter sur le territoire de la commune de Bure (Meuse) un laboratoire souterrain destiné à étudier les formations géologiques profondes où pourraient être stockés des déchets radioactifs) accordés à ce ministère dans un gouvernement dirigé par un PS toujours aussi productiviste (on y avait nommé une femme, Dominique Voynet, c’est dire3Le PS n’a pas brillé par son féminisme sous Jospin. La loi de 1999 a instauré une parité facultative. La faiblesse des amendes infligées aux partis politiques leur permettait de ne pas la respecter.…).

Ils n’était plus très nombreux non plus sous Jospin à dénoncer les institutions de la Ve République, cette mécanique à transformer le débat politique en combats de coqs, à rabougrir la démocratie à ses rituels.

Lionel Jospin a quitté la vie politique en 2002, année du trentième anniversaire du rapport Meadows, un an après avoir participé au Conseil européen de Laeken4Conclusions de la présidence du Conseil européen de Laeken, 14 et 15 décembre 2001 : https://www.europarl.europa.eu/summits/pdf/lae2_fr.pdf qui accoucha de la Convention sur l’avenir de l’Europe, laquelle nous a mené·es tout droit au traité de 2005 et à la concurrence constitutionnalisée.

À la veille du référendum de 2005, alors qu’il avait déclaré au lendemain de la présidentielle qu’il quittait la vie politique, Lionel Jospin sortait de sa retraite pour soutenir le « oui ».5Interview de M. Lionel Jospin, ancien Premier ministre (PS), à « France 2 » le 28 avril 2005, sur les enjeux du vote sur le Traité constitutionnel par référendum le 29 mai et sur les raisons de sa position en faveur du « oui ». Pour lui, la mue était achevée. Ce ne fut pas le cas de tous ses ministres. Deux d’entre eux ont réagi : Laurent Fabius et et Jean-Luc Mélenchon. Le premier a fini par composer avec le virage à droite du PS. Le second a choisi l’insoumission. C’est d’abord cela que ne lui pardonnent pas celles et ceux qui voudraient, au moment où Lionel Jospin vient de mourir, extraire de son cercueil une « gauche plurielle » convertie au capitalisme vert de gris.


Notes :